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Attention ce ne sont que des conseils réalisés pour vous informer. Vérifier quand même auprès d'un professionnel.

N.Lanouar: "La transformation numérique des services de la Ville de Paris est un problème"

Décideurs. Avez-vous travaillé en tant que CIO à Paris depuis 2013, quel était votre scénario à votre arrivée?

Neja Lanouar . Chaque session commence par un rapport et des perspectives validés par l'exécutif municipal. Cela nous permet de définir un parcours, une feuille de route à suivre pour les six prochaines années. Depuis le début du mandat d'Anne Hidalgo, notre énergie s'est principalement concentrée sur le développement de services numériques pour les utilisateurs. L’objectif est d’amener progressivement toutes les étapes et relations permettant à l’utilisateur de se dématérialiser.

La particularité d'une communauté réside dans la diversité des entreprises aux secteurs très variés, bien plus que dans le secteur privé: état civil, sport, culture, école, espace public, routes, propreté, espaces sociaux, verts, santé … . Notre flotte de logiciels est énorme car elle comprend 800 applications métiers différentes! Exploiter la transformation numérique de tous ces services est un réel problème et un travail à long terme qui s'étend sur plusieurs années. Le processus est en cours, nous avons déjà développé des dizaines de services. En particulier, depuis avril, la dématérialisation complète des demandes de permis de construire, qui facilite et optimise les délais de traitement, est utilisée. C'est la première fois en France!

Tout ce travail fait partie d'un ensemble de projets dans lesquels la relation avec l'utilisateur est centrale mais non exclusive. Le commerce de services informatiques, les informations géographiques et les infrastructures résilientes sont également des défis auxquels nous devons nous attaquer.

Quels nouveaux horizons offrent la transition numérique aux services publics de la ville de Paris?

Globalement, la numérisation permet un contact plus rapide et plus étroit avec le citoyen. Grâce au site Paris.fr, au compte personnel "parisien", aux services en ligne, mais aussi aux réseaux sociaux, le parisien, qu'il visite ou habite à Paris, est plus proche de sa mairie. Il n'y a plus beaucoup de bureaucratie ou de temps passé à transmettre les demandes des utilisateurs entre les différents services. De plus en plus, le numérique permet la continuité de ses procédures, même lorsque la ville est fermée, ce qui facilite la vie quotidienne du citoyen. Ces derniers peuvent donc avoir accès aux informations et services n'importe où et à tout moment!

L'application "Paris dans ma rue" est emblématique de cette approche entre l'utilisateur et l'administration. Tout le monde peut signaler en temps réel une anomalie dans l'espace public (graphite, encombrant, etc.) Le numérique apporte également un retour direct aux parisiens, ce qui nous aide à améliorer continuellement la qualité de nos services et les réponses que nous avons reçues.

Nous essayons d'aller au-delà de ce qu'on appelle "dis-nous une fois". Cela signifie que l'utilisateur ne nous fournit qu'une seule fois les documents nécessaires au traitement d'une demande, au lieu de le demander à plusieurs reprises pour différents services.

Selon vous, quelle est la place et l'avenir de la DSI dans les communautés?

Dans le secteur public ou privé, la DSI est souvent considérée comme un département "support", ainsi que comme un département finance ou comptabilité. Si nous sommes toujours un peu, le travail a changé. Nous avons même changé de nom. Nous étions DSTI, agence des systèmes et technologies de l'information, depuis l'an dernier DSIN, systèmes d'information et services numériques. Ce changement témoigne de cette transformation et de l'évolution du rôle de la DSI en numérique. C'est aussi une tendance de fond, à la fois publique et privée.

D'un autre côté, ce qui est unique dans la communauté, c'est que notre DSI est vraiment devenu un département axé sur les services et pas simplement un département de support. Nous sommes directement au service de l'utilisateur, des missions de l'espace public et du territoire via des systèmes d'information et numériques, ce qui n'était pas le cas lors de mon arrivée en 2013.

Comment apportez-vous votre vision technologique au commerce avec lequel vous travaillez?

J'évite autant que possible de parler "techno" de la négociation. Prendre un sujet pour la technologie est repoussant et ne suscite pas la curiosité dans les lignes des affaires. Je pense que nous devons pouvoir nous mettre à leur place, parler leur langage et abandonner le jargon qui est trop compliqué pour collaborer efficacement. J'essaie de préciser qu'il existe de nouvelles façons de faire et que les nouvelles technologies peuvent répondre aux questions des entreprises sans donner beaucoup de détails. Pour Blockchain, par exemple, je préférerais demander à mes collègues s'ils ont des besoins de traçabilité des enregistrements. Si tel est le cas, j'explique le concept sans aller trop loin dans la technologie, au risque de perdre tout le monde!

"Notre flotte de logiciels contient 800 applications métiers différentes"

Comment interagissez-vous quotidiennement avec vos collègues?

Nous exerçons nos activités de manière très réglementée, en vertu d'accords de partenariat. Une fois par an, je rencontre les directeurs des différents secteurs de la ville de Paris. Ceci est une interview importante qui me permet d’obtenir une vue globale de votre activité informatique, de vos équipements. A cette occasion, ils réfléchissent également à ce que l'informatique peut leur apporter dans leurs missions. Nous refusons donc avec eux l'avancement de la feuille de route du mandat mondial pour l'année prochaine et faisons également le bilan de l'année dernière. Nous convenons des domaines à améliorer et des besoins commerciaux. Ensuite, nos équipes prennent en charge les différents projets.

En ce qui concerne les problèmes informatiques au quotidien, nous disposons d'un outil de demande en ligne. Avec 30 000 agents disposant d'un poste de travail, tout doit être bien organisé car nous traitons plus de 150 000 requêtes par an.

La mairie entre-t-elle en concurrence avec des acteurs privés pour proposer de nouveaux services numériques?

Il ne s'agit pas vraiment de concurrence. Le conseil municipal a une mission de service public, c’est un service proposé qui ne génère pas de profit, il n’ya donc pas de concurrence dans ce secteur. Les applications faites par des individus peuvent ressembler aux services que nous offrons, mais sont généralement complémentaires à celles que nous développons. Certains peuvent même utiliser des données que nous partageons dans Open Data, afin que les développeurs privés puissent les utiliser pour créer de nouveaux outils utiles pour les parisiens. C'est quelque chose que nous essayons de favoriser et qui nous satisfait, car cela reste dans l'intérêt de l'utilisateur! De plus, nous espérons que le conseil municipal de Paris va étiqueter certaines applications développées par l'écosystème externe afin d'encourager cette complémentarité.

Comment la ville de Paris peut-elle traiter et protéger les données personnelles des citoyens?

Nous suivons strictement les recommandations de la RGPD et de la CNIL. Nous avons choisi d'héberger un centre de données souverain pour renforcer la sécurité des données de nos citoyens. L'infrastructure des systèmes d'information est donc entièrement sécurisée et nous ne comptons pas sur des fournisseurs externes pour l'exploiter. Cette politique est adaptée à une liste à long terme de nos investissements et à la nécessité d’en assurer la durabilité. C'est aussi économique. Il met la municipalité en mesure de contrôler pleinement les options technologiques en matière de stockage et d’exploitation de ses données; Enfin, elle contribue à la stratégie de développement durable de la ville, car l'énergie générée par la chaleur doit être réutilisée pour chauffer les bâtiments voisins. De plus, nous sommes préoccupés par la séparation des domaines d’activité. Autrement dit, si un utilisateur transmet des informations sur sa situation dans le secteur scolaire, nous nous engageons à ne pas réutiliser les données d'un domaine en dehors de cette sphère.

En outre, nous avons demandé aux experts et à la CNIL une étude sur la gestion de l'identité afin de s'assurer que tout était en ordre. Ces questions de sécurité des données sont au cœur de nos préoccupations et le respect du contrat de confiance tacite qui existe entre le parisien et son administration est au cœur de la communauté parisienne.

Propulsions recueillies par Laura Breut (@ laurabreut)

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